Life in progress

Sylvie Guillem est une femme d’impression et de sensation.
À chaque fois que je la vois (ici puis ) j’ai l’impression qu’elle n’est que bras et jambes, surmontés d’une épaisse frange rousse et d’un beau sourire.
Et j’ai simultanément la sensation d’être face à l’incarnation du mariage et de l’équilibre parfaits entre la grâce et la force.

Se pourrait-il que cette femme soit une sorte de déesse ou d’extraterrestre ?
« Life in progress » est sa manière de dire au revoir à la scène et au public.
Un spectacle qui lui ressemble: étonnant et généreux. Fougueux aussi.

C’est peut-être ça en fait: Sylvie Guillem est un fabuleux pur sang qui n’a peur de rien, ose tout et savoure tout. Elle est au galop pendant tout le spectacle.
On commence doucement, avec « Techne » un ballet de la terre et des racines signé Akram Khan, dansé autour d’un arbre stylisé qui semble donner vie et énergie à un drôle d’être, mi-insecte, mi-humain. La danse se fait transe, c’est fort et fragile à la fois, exactement ce dans quoi j’aime voir mademoiselle Guillem danser.

Sylvie Guillem laisse ensuite la scène à 2 danseurs de la compagnie de William Forsythe qui semblent nous rappeler les bases de la danse classique tout en en s’en affranchissant complètement, voire en s’en amusant joyeusement.
Cette version révisée de « Duo » est magistrale et dans le plus pur style Forsythe ; l’interprétation de Brigel Gjoka et Riley Watts impeccable. Et évidemment ils sont sublimes.
Le morceau est élégant, athlétique, gracieux et drôle… Un condensé de la danse selon mademoiselle Guillem?

Ces messieurs laissent alors la place à Sylvie Guillem et Emanuela Montanari (danseuse au ballet de la Scala) pour un duo fascinant signé Russell Maliphant.
Je suis totalement inculte en danse urbaine, mais si j’osais je dirais que le hip hop y rencontre la danse classique et ses beaux mouvements parfaits, la danse contemporaine et la capoeira.

Cette composition a enfin réveillé le public du Théâtre des Champs Élysées.
Parlons-en de ce public que je découvre.
Rien à voir avec les intellos, les bobos et les profs du Théâtre de la Ville évidemment. Encore plus snob que celui de l’opéra… Un public bourgeois, aisé à l’extrême et assez froid.
Il va falloir que je m’habitue.

En seconde partie Sylvie Guillem reprend « Bye » de Mats Ek, que je l’avais déjà vu interpréter dans cette même salle il y à 3 ans.
J’adore ce morceau. J’ai l’impression que Mats Ek y raconte – accompagné de la musique de Beethoven – l’histoire d’une petite chenille timide qui devient papillon ou du petit prince tombé de sa planète et arrivé sur la Terre, d’abord timide, étourdi et maladroit, puis qui prend ensuite son envol, montre toute sa magie, avant de repartir dans son monde et de nous laisser émerveillés et émus par ce que nous venons de voir.
La grande Sylvie tire sa révérence, mais à la voir danser à 50 ans, on ne continue à ne voir que perfection, qu’aisance, qu’absence de tout effort.

Elle reste la plus impressionnante, la plus parfaite (et sans doute perfectionniste), la plus gracieuse, la plus forte.
« Bye » danse-t-elle… J’ai bien du mal à croire que ce soit un adieu (et je ne suis pas la seule!).
Évidemment le public a fini le spectacle debout, applaudissant et acclamant la divine.
Il n’y a pas eu de pluie d’étoiles et de paillettes, pas de bouquet… C’est ainsi que l’on dit au revoir à une étoile.

Mademoiselle Guillem vous allez être obligée de revenir.

Quelques bonus:

« Sacred monsters » par Sylvie Guillem et Akram Khan:

« In the middle somewhat elevated » par Sylvie Guillem et Laurent Hilaire (la qualité de l’image est très mauvaise, mais le couple est inouï sur un morceau fabuleux!)

« La dame aux Camélia », pas de deux par Sylvie Guillem et Nicolas Le Riche.

Le Boléro… inoubliable

____________________________________________
Life in progress
Jusqu’au 20 Septembre 2015
Théâtre des Champs Elysées

2 réflexions sur “Life in progress

  1. Merci pour ce magnifique compte rendu… Moi l’impression que j’vais eu d’elle les deux fois que je l’ai vue sur scène récemment: elle EST la danse, ou plutôt une sorte de « ON ME DANSE » à la Rimbaud. La danse est à Guillem ce que la poésie était à Rimbaud: un truc qui lui tombe dessus, inévitablement et qui se fait « tout seul » parce que le Dieu de la danse l’anime…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s