Danser sur les tables

Cette semaine j’ai eu la chance et la joie de voir un très très bon spectacle de danse. Trois morceaux signés William Forsythe, l’immense chorégraphe américain.

Souvenez-vous, la dernière fois que j’avais vu de la danse au Théâtre de la Ville j’avais été un peu désarçonnée (c’est le moins que l’on puisse dire). Les espérances et attentes sur le spectacle du jour étaient donc plutôt haute.

Premier passage: « Second detail ». 14 danseurs. Du gris souris du sol au plafond et en passant par les danseurs. Une musique signée Thom Willems toute métallique.
Je crois que j’ai succombé en 5 secondes et 3 pas de danse. Toute l’énergie et l’ampleur des mouvements de la danse contemporaine associée à la technique la plus classique (les danseuses sont sur pointes).

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Entre la musique métallique, le gris et l’univers aseptisé j’ai l’impression que les danseurs sont des petites étincelles d’acier envoyées à droite et à gauche par le vent dans une usine quelconque.
Leur prestation est époustouflante: la technique est parfaitement maîtrisée, les grands ensembles sont harmonieux, les pas de deux ou les trios des régals pour les yeux.

Le choix des costumes gris unis pour les hommes comme pour les femmes est plus que judicieux, ils soulignent les silhouettes, les muscles et les mouvements. Et lorsque les danseuses – contrairement à celles de l’Opéra de Paris – ont des vraies silhouettes de femmes avec des formes et des muscles, ça n’en est que plus joli.
En ce qui concerne les danseurs, je ne vais pas revenir sur le sujet: je les trouve sublimes les danseurs, ils ont des musculatures idéales.

Deuxième passage: « Duo ». 2 danseuses nimbées de lumière tamisée grise foncée, moulées dans de la fine résille noire laissant deviner leurs bustes. Quelques volutes de piano et leurs souffles.
J’ai eu l’impression de voir la calligraphie faite avec des corps de femmes plutôt que des pinceaux. Un merveilleux dialogue très doux, sensuel, incroyablement vivant.

Les souffles m’ont surprise au début de l’adage, avant de devenir essentiels au ballet. la respiration d’un dialogue entre deux corps. Sublime, tout simplement sublime.

Troisième et dernier passage: « One flat thing, reproduced ». 14 danseurs. 14 tables. Un feu d’artifice comme fond sonore.
Je ne sais pas ce que les chorégraphe ont avec les tables ces temps-ci (cf notre amie Maguy Marin et la photo qui illustrait mon billet sur le sujet), mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles les inspirent.
Dans le cas de William Forsythe on danse donc sur les tables. Et dessous (parfois en même temps). Et avec les tables.

Le pire? Ça a l’air hyper facile. Genre on a envie d’essayer en rentrant à la maison.

opera-william-forsythe-2_theatre-de-la-ville

Un pas de deux avec une table comme accessoire c’est magnifique et très sensuel (sans avoir besoin d’être suggestif).
On a l’impression que tout est désorganisé, alors qu’en fait on ne regarde qu’un grand ensemble très harmonieux et en mouvement. Extraordinaire!

Lorsque ce passage a commencé tous les danseurs étaient alignés au fond de la scène, contre un fond noir. J’ai pensé à « Usual suspects » et sa bande de fous furieux.
Il y a un peu de ça dans ce morceau. L’ordre établi des tables en prend un sacré coup avec la troupe de danseurs déchainés.

Et puis c’est déjà fini. Ne reste qu’à applaudir et savourer le sourire sur les visages de la troupe.

 

7 réflexions sur “Danser sur les tables

    • @ Baraginie: Ca te fait cet effet là à toi aussi? 😉
      En fait elles sont hallucinantes ces danseuses, elles font tout ça avec le sourire et une facilité apparente qui est bluffante.

  1. Je n’ai pas réussi à obtenir de place pour ce spectacle, dommage car connaissant la video de « One Flat Thing, reproduced », j’étais curieux de savoir ce que cela pouvait rendre sur scène. De mémoire, dans la captation video, l’espace est immense, un espèce d’entrepôt donnant sur la ville dont on perçoit l’activité en arrière plan. D’abord vide, danseuses et danseurs vont installer ces fameuses tables dans cet espace, à toute vitesse et dans un grand vacarme sonore qui fait écho à la ville. Et puis, ça danse dessus, dessous, autour: c’est reptilien, très organique je crois me souvenir. La vidéo est réalisée par Thierry de Mey qui a aussi fait « Rosas, Fase » pour Anne Teresa De Keersmaeker. C’est superbe !

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