Pour Gulnaz

« Elle » et Caroline Laurent-Simon me pardonneront de diffuser ainsi cet article…

Cela faisait très longtemps que je n’avais ressenti une telle bouffée de colère en lisant un article.
Je me suis retrouvée assise dans le métro, les larmes aux yeux, les mains tremblant de colère.

Comment peut-il exister un pays dans lequel on emprisonne la victime d’un crime immonde, dans lequel on considère la « gracier » lui faire épouser l’auteur du crime, dans lequel on considère être « fair & square » en sacrifiant la sœur du criminel?
Comment les autres pays du monde peuvent-ils tolérer ça? Comment peut-on interdire la diffusion d’un reportage au nom d’intérêts politiques « plus grands »‘?

Comment osons-nous dire qu’il y a un intérêt politique plus grand que le respect et la protection d’un être humain?

Combien de femmes et de petites filles devront ne pas naître, se voir priver de leurs droits les plus élémentaires à l’identité, aux soins et à l’éducation, être violées, vendues, battues ou tuées pour que le reste du monde bouge? Combien?
Combien de pays devront créer un crime de « féminicide » pour que le monde s’interroge et change?

Nous nous croyons à l’abris de ces drames, nous femmes occidentales.
Mais ouvrons les yeux: on nous paie moins que nos homologues masculins pour cause de risque de maternité, on ne protège pas – voire on revient pas sur ce droit essentiel – notre droit à gérer notre corps comme nous l’entendons et donc notre droit à l’avortement (qui est un drame, en premier lieu pour la femme qui le subit, alors ne rendons pas cela plus dur ou douloureux que ça ne l’est déjà), on ne facilite pas suffisamment notre accès à l’emploi en rendant la garde d’enfant un cauchemar organisationnel et financier, on continue à véhiculer des images caricaturales et sexistes sur le rôle de la femme (je vous recommande l’édito du « Elle » de cette semaine à ce sujet).
Si nous ne continuons pas à faire progresser nos droits, ils reculent et régressent parce que les vieux schémas de pensée ont la peau extrêmement dure.

Alors que dire de ce que subissent les femmes de part le monde?
Les extrémismes de tous poils et l’obscurantisme sont les pires ennemis des maigres droits des femmes, et personne ne bouge ou ne dit quoi que ce soit.
Les pays occidentaux continueront-ils à observer avec attention ce qui se passe en Tunisie, Libye ou Égypte lorsque les droits des femmes auront bel et bien été foulés au pied?
Nos accords avec les talibans afghans sont-ils si précieux qu’il faille à tout pris empêcher de l’information sur les Droits de l’Homme d’arriver jusqu’à nous?

Et pendant ce temps l’Express fait sa une (une Nième une) sur les affaires de fesse de DSK.
Mais on s’en contre-cogne des affaires de fesse de DSK!! C’est tout sauf du journalisme, il n’y a rien de noble, intelligent ou instructif à aller fouiller dans du purin.
Tous ces beaux messieurs qui passent leur temps à nous expliquer qu’ils ont une « mission » d’information devraient faire leur une sur le sort des femmes afghanes ou sur ce qui se passe en Syrie.

Plutôt que de titiller notre goût pour le vulgaire ils devraient réveiller nos saines colères, ils devraient parler du travail des associations humanitaires, des reporters et journalistes qui se battent pour que nous sachions ce qui se passe ailleurs dans le monde et pour faire changer les choses.

Je suis folle de colère de ce que j’ai lu et je me sens affreusement démunie. Que puis-je faire pour les Hommes qui n’ont pas ma chance?
Je cherche encore. Je trouverai.
En attendant j’écris.

9 réflexions sur “Pour Gulnaz

  1. Je crois que le plus triste est de sentir notre impuissance devant tant d’injustice. Je ressens la même chose en attendent parler d’excision. La peur incontrôlable de certains hommes devant la sexualité des femmes et l’absence d’assurance en eux-mêmes pour exclure et punir une femme, et dans ce cas, une victime.
    Ce qui m’effraie le plus est que le temps passe et je crois revenir en arrière. Les peurs sont plus profondes et nous savons très bien ce que la crainte a fait comme ravages dans l’humanité.
    La honte ce trouve dans l’inaction des Hommes libres et dans l’acceptation des cultures barbares comme si le passif de ces cultures était consensuel.
    Je comprends la rage que provoque le sentiment de ne rien pouvoir faire. Le plus facile est de rester au chaud en nous disant que la barbarie existe mais loin, qui ça ne nous touche pas et que nous sommes bien mieux dans une civilisation « civilisé » . Mais je n’y crois pas. Je ne veux pas penser à la contamination de l’extrémisme dans les mœurs car si nous ne faisons rien, rien ne sera fait.
    J’ai du mal, comme toi, à contenir mes larmes et à me demander si ma voix sera un jour aussi forte pour changer quelque chose. Je crois que ce possible et je te remercie pour ton article.

  2. Il faut lire « Mille soleils spendides » de Khaled Hosseini. L’Afghanistan reste en effet un des pires pays au monde pour la condition des femmes.

  3. C’est un pays qui a été tenu par des barbares, qui est tenu par des barbares, et qui sera tenu par des barbares. Et visiblement il n’y a pas de solution … de toutes les manières, il n’y a jamais eu de solution à la connerie humaine, à l’échelle d’un peuple …
    C’est vrai qu’après la lecture de ce récit, la vidéo de DSK au Sofitel et la danse de joie des deux types de la sécurité, on s’en fout un peu …
    Encore une fois joyeux anniversaire ; )

  4. Cet article est la plus triste des piqûres de rappel sur le sort des femmes dans le monde! Et je suis d’accord avec toi, nous devons travailler sans relâche au maintien de nos droits et au respect de ces derniers. Continuer à se battre pour faire évoluer nos droits.
    Je crois que la paix sociale et économique sont un gage important pour permettre aux femmes d’un pays d’avoir accès à l’instruction. La connaissance est la richesse la plus importante des femmes, des hommes en général: on connaît ces droits. Si ils sont inexistants tu sais que tu as le droit de te battre, tu connais les moyens de la lutte.
    Merci à Elle d’avoir la sagesse et le courage d’informer ses lecteurs sur la réalité des femmes ailleurs, de nous alerter, de nous faire réfléchir.

  5. Il n’y a pas grand chose à répondre à tous vos commentaires, à part qu’ils m’ont touchée et fait du bien à lire.
    Nous partageons de l’information, nous échangeons, c’est un commencement pour faire progresser les choses. A petite échelle sans doute, mais c’est souvent par là que cela commence.

  6. En colère comme vous ! Comment se resigner à cela ? Quant à nous Occidentales, si notre sort n’est en rien comparable à celui des Afghanes, nous devons rester vigileantes car rien n’est acquis. Je recommande vivement la lecture d’Elisabeth Badinter à celles et ceux d’entre vous qui veulent approfondir le sujet.

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