IN-I

juliette-binoche-akram-khanL’actrice, peintre, sculptrice Juliette Binoche et le chorégraphe et danseur Akram Khan sont actuellement sur scène au Théâtre de la Ville pour un spectacle mi-danse, mi-théâtre intitulé IN-I (à prononcer à l’anglaise).

Ce spectacle est le fruit de la rencontre de ces deux artistes et de leurs univers autour du thème de l’amour.

La base et source de ce travail et de cette histoire est les 14 mots dont les Grecs disposent pour parler de l’amour (un peu comme les Inuits et la neige).

Binoche et Kahn ont donc écrit une histoire d’amour qu’ils dansent et interprètent.

L’idée est séduisante, l’exercice est intéressant. Car c’est beaucoup plus que la simple rencontre entre une actrice multi-activités et un chorégraphe de talent. Il s’agit aussi d’une rencontre entre des cultures, des religions, des langues différentes.

C’est beau de voir des artistes prendre des risques, essayer de créer différemment des choses différentes de leur quotidien.
Le petit prospectus distribué à l’entrée du théâtre indique que Juliette Binoche n’a jamais dansé sur scène. Akram Khan n’a lui qu’une seule expérience en tant qu’acteur.

Un beau challenge pour les deux artistes donc.

Et ça je le reconnais et l’admire très volontiers. Il y en a peu aujourd’hui des gens qui osent. Danser pendant 1h30 sur scène lorsque c’est la première fois que l’on s’adonne à cette exercice et que l’on a dépassé la quarantaine, c’est courageux.

Le problème c’est que dans la danse et sur scène le courage ne suffit pas.

La première chose qui m’a gêné est le fait qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’amour, mais d’une histoire de passion et d’obsession, ce qui n’a pas forcément grand chose à voir avec l’Amour.

Bein oui, une jeune femme qui a un coup de foudre sur la silhouette d’un homme dans une salle de cinéma et le poursuit dans la rue n’est pas un début d’histoire d’amour très encourageant, ça sent le feu de paille à plein nez.

Et les feux de paille c’est rarement bon, on finit en général par se prendre le toit de la grange sur la tête. Paf! les histoires d’amour finissent mal en général.

Mais bon, admettons, cette histoire est une histoire d’amour, avec toutes ses étapes, ses hauts et ses bas, ses étincelles éblouissantes et ses méandres sordides.
On passe donc par la poursuite, la rencontre, les premiers émois, les premiers baisers, les premières caresses…et le charmant quotidien d’un homme qui ne rabat pas le battant des toilettes et pisse de travers.
Oui oui, vous lisez bien. Une fois c’est amusant, deux fois c’est drôle. Cinq fois c’est barbant et vulgaire. Et une manière assez étrange de « danser » le quotidien d’un couple.

Viennent les désaccords, les disputes, les rancœurs, la haine, les bagarres. Le glauque quoi. On manque de s’entretuer et puis finalement on se retrouve, épuisés.

Voilà, rien de bien surprenant sous le soleil, l’amour qui finit forcément mal, qui tombe forcément dans la haine. J’oubliais que le bonheur se vendait mal…mais bon, le malheur amoureux moi ça me lasse.

Ensuite on n’y croit pas. Parce que les deux interprètes sont bien souvent noyés dans le technique et ont l’air de penser davantage à leurs pas qu’à leurs personnages.
J’adore Juliette Binoche au cinéma, mais là je trouve qu’elle surjoue un peu. Elle a une voix délicieuse lorsqu’elle pousse la chansonnette par contre.

En fait on la sent dans l’exercice en permanence. Certes elle n’a jamais dansé sur scène, ce n’est pas son métier, mais la danse est un art difficile, qui ne pardonne rien. On ne doit pas sentir l’effort du danseur. Jamais.

Akram Khan est un danseur technique et rapide. Ses chorégraphies sont très physiques. Pour qui a fait un peu de danse on s’en rend compte dès qu’on le voit esquisser les premiers pas. Il faut des danseurs de très hauts niveaux pour interpréter ses créations. Pas étonnant qu’il ait dansé avec Sylvie Guillem d’ailleurs.

Là on sent les efforts de Juliette Binoche. On sent sa fatigue en fin de spectacle. N’importe qui le serait aussi. N’importe qui sauf un danseur. Oui je suis dure (mais je ne suis pas la seule) mais on ne parle pas d’un spectacle de fin d’année d’une école de danse, on parle de quelqu’un qui fait payer au public un billet de spectacle. Cela manque de grâce, de légèreté, d’harmonie.

Akram Khan est brillant, beau, mais j’ai eu l’impression qu’il se retenait dans leurs pas de deux. J’aimerais le voir évoluer avec une danseuse, pour voir l’ampleur de son talent.

Le couple est bizarrement assorti: comment un porter peut-il être élégant lorsque la danseuse est plus grande que son danseur?
Et c’est quoi cette robe? Et ces affreuses chaussures de running, noires certes, mais de running?

Le décor – minimaliste et tout en couleur – est très réussi, la musique plutôt bien, mais c’est moyen, tiède et beaucoup de bruit pour rien si vous voulez mon avis.

IN-I
Du 19 au 29 Novembre 2008, à 20h30
Théâtre de la Ville
2, place du Châtelet
75004 Paris

Crédit photo: Théâtre de la Ville.

2 réflexions sur “IN-I

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.