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Je me souviens

De cette soirée qui a basculé après un coup de fil un peu plus tard, un peu plus long que d’habitude avec ma sœur. Avoir souri en raccrochant.
Mr Papillon épuisé par une trop longue semaine était déjà parti se coucher.
De ce passage vite fait sur Twitter avant de tout éteindre pour la nuit et aller me coucher.

De ces tweets qui soudain m’ont indiqué que quelque chose n’allait pas, que sans doute quelque chose de grave était en train d’arriver.
D’avoir commencé à actualiser nerveusement mon fil d’actualité pour essayer de comprendre. D’enrager parce que les sites des journaux n’en indiquaient pas davantage.
D’avoir senti tout mon être se contracter et se bloquer en comprenant qu’il se passait une tragédie dans le Xème où habitent des amis si chers qu’ils sont de la famille. Avoir senti la panique m’envahir et envoyé un message inquiet à mon amie.

Avoir sans doute adressé une prière pour qu’ils soient au chaud chez eux et pas dans un café ou un restaurant où des gens étaient en train de mourir. Avoir repris mon souffle en recevant la réponse.

N’avoir pas pu lâcher mon téléphone pendant longtemps, avoir retweeté à l’infini ces messages qui parlaient de portes ouvertes quand des monstres assassinaient des innocents, pendant qu’une tragédie se déroulait dans une salle de spectacle.
Avoir fini par aller me coucher, tremblante, malade, secouée de larmes mais n’osant pas réveiller Mr Papillon. J’étais épuisée, j’ai l’impression que cette nuit fut un black out.

De cette déchirure ressentie au réveil lorsque Mr Papillon est venu m’annoncer le bilan encore provisoire de l’enfer de la nuit précédente. D’avoir pleuré longtemps, comme un enfant. Avoir étouffé de larmes, de colère, d’injustice, de chagrin, de peur. La douleur était physique, insupportable.

D’avoir eu peur pour mes amis et collègues, d’avoir remercié Facebook d’avoir mis en place leur bouton permettant de rassurer son entourage, d’avoir guetté les SMS et emails de mon équipe me disant qu’ils étaient sains et saufs.

De cette conversation téléphonique apaisante avec Hélène avec qui je devais aller voir les couleurs du Parc Monceau cet après-midi là. Nous n’avions aucune envie de quitter nos nids, mais parler avec elle, partager mon chagrin, ma colère, mon désarroi m’a fait un bien immense. Nous étions ensemble en Janvier pendant la tragédie Charlie, je crois que cela a créé un lien particulier. Hélène m’a consolée, m’a redonné de la force.

Les jours qui ont suivi se sont perdus en trop de lecture de site d’informations, en beaucoup de travail pour ne pas penser, en retour dans les théâtres pour remettre la peur à sa place: au fond de ma poche avec un mouchoir dessus.

Il y a eu des moments de silence et de recueillement, des larmes en lisant les portraits écrits par les journalistes du Monde, une volonté d’honorer toutes ces vies brisées en ne laissant ni la terreur ni la peur gagner. Avoir rechuté, être sortie d’un métro dont un passager avait une tête qui m’effrayait. M’être détestée de l’avoir fait.

C’était il y a un an et je réalise combien c’est encore là, à fleur de mémoire. Ce sera toujours-là, même enfoui derrière la vie.

J’appréhende les commémorations, je veux me souvenir des victimes mais je ne veux pas voir nos politiques utiliser leur mort pour semer de la haine et de la peur. Je veux juste qu’on nous laisse leur dire à eux et leurs familles qui traversent encore l’enfer que nous pensons à eux et leur envoyons de l’amour.

Je me souviens, et ne vous oublierai jamais.

Une réflexion sur “Je me souviens

  1. Je me souviens ,le 12 novembre 2015,l émotion dans le zénith de lille, quand souchon a chanté « et si y a personne », de l angoisse inexpliquée pendant une minute en me disant « et si des terroristes armés rentrent et tirent »,de cette même angoisse irrationnelle quand des mois plus tôt j avais acheté ces places de concert…je ne savais pas encore que la nuit suivante j allais passer des heures devant les chaînes d information tétanisée. ..je ne savais pas qu un an après je ressentirai encore,intacte,ce mélange de chagrin, de colère et de rage de vivre…

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