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Louis et Lucien

Vous me connaissez, j’ai toujours la fâcheuse tendance à attendre, attendre, attendre avant d’aller voir des expositions, et du coup je me retrouve à courir pour aller les voir deux semaines avant qu’elles ne s’achèvent.
Pas de changement en la matière en 2016, du coup je vous parle de deux expositions qui se terminent respectivement le 15 et le 21 février.

On commence par la magnifique exposition consacrée à Lucien Clergue au Grand Palais.
J’ai découvert le travail de Lucien Clergue grâce à mon Papa qui est fou de photographie et excellent photographe lui-même. Je ne suis pas sûre qu’il soit un artiste très connu du grand public et c’est dommage, c’est un artiste incroyable.
Lucien Clergue est né en Arles, et c’est là qu’il a passé l’essentiel de sa vie, puisé ses inspirations, travaillé son art, et fondé les Rencontres d’Arles de photographie, rendez-vous annuel mythique des photographes du monde entier.
Ce grand monsieur est décédé fin 2014, cette exposition organisée si vite après son décès vous donne donc une idée de l’ampleur de son talent (et la photographie n’était pas le seul!) et de son importance dans la photographie contemporaine.

Cet homme incroyable a été l’ami de Picasso et de Cocteau qui l’ont encouragé et soutenu dans ses jeunes années, il a côtoyé un nombre de photographes exceptionnels et de poètes incroyable.
Si vous allez voir l’exposition prenez le temps (45 minutes) pour regarder l’intégralité de l’entretien que Lucien Clergue avait accordé peu de temps avant son décès, c’est absolument passionnant, drôle et savoureux.

Si vous avez déjà des photos de ce grand monsieur, ce sera sans doute certains de ses nus tirés de ses séries « Née avec la vague » ou « Nu de la mer ».
Des corps féminins sculpturaux, généreux, pris dans la mer et les vagues. Ces images ont des compositions parfaites, intemporelles comme leur créateur l’a souhaité et construit et sont d’une sensualité dingue.

Mais j’avoue ce ne sont pas ces séries qui ont le plus retenu mon attention dans cette exposition.
Je suis restée subjuguée (et Mr Papillon avec moi) devant la grande série de plus de 150 photographies intitulée « Contrastes ».
Ces photos sont tout ce que nous aimons: la nature, mais totalement transformée en oeuvre d’art presque abstraite par le regard du photographe. Je n’ai pas cessé de me dire que la beauté était vraiment dans l’oeil de celui qui regardait.
Lucien Clergue avait un oeil unique. Cette série est absolument incroyable: chaque image est bien sûr somptueuse, mais elle est aussi totalement cohérente avec ses voisines et l’ensemble, et suscite l’émotion et réveille les souvenirs chez le spectateur.
Comme mes chers « Nymphéas » à l’Orangerie. La beauté tellement forte qu’elle vous tire des larmes et vous submerge.

Autre série absolument sublime, celle qui servit à sa thèse rédigée intégralement en photographies toutes plus somptueuses et parlantes les unes que les autres et intitulée « Langage des sables ».
En lisant l’histoire (passionnante!) de cette thèse, j’étais un peu dubitative sur la possibilité d’une thèse faire uniquement d’image. Et puis en observant et admirant les photos j’ai compris. Bien sûr que la photographie est un langage, évidemment qu’elle peut interroger, faire réfléchir, émouvoir, bouleverser. Evidemment! Prenez le temps de laisser chacune de ces photos vous raconter son histoire, vous poser ses questions.

Allez voir cette exposition et écouter Lucien Clergue! (Mais courez vite ça se termine lundi soir)

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 Sans transition, je vous emmène à Versailles, pour la superbe exposition « Le roi est mort » qui raconte et met en scène la mort de Louis XIV en septembre 1715, expliquant le contexte, les codes de l’époque et les rites entourant la mort d’un monarche, comment ils ont perduré, été abandonné ou utilisé ensuite par les hommes politiques.
L’exposition est d’une richesse dingue, les reconstitutions sont des chefs d’oeuvre, la scénographie qui plonge une partie du château dans le deuil est une réussite. On sent une « production à grand budget » pour laquelle tous les détails ont été soigneusement pensés. C’est bien simple, j’ai presque regretté de ne pas avoir pris d’audioguide ou une option visite guidée.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour une fois j’ai eu la sensation que l’immense palais était habité. Oui, habité alors qu’en fait Louis vient juste de tirer sa révérence, c’est étrange, mais la mise en scène fonctionne très très bien.
Habituellement il n’y a qu’au Petit Trianon que j’ai cette sensation de lieu « habité » et non de musée un peu froid.
La mort semble humaniser les lieux.

L’aspect médical des choses n’est pas oublié ou éludé, il est même abordé de manière très intéressante, poussant l’histoire jusqu’à la Révolution et ce qu’il advint des sépultures (et de leur contenu) de nos rois et reines défunts.
Pas forcément très « appétissant » mais personnellement j’ai trouvé ça fascinant.

Allez-y, c’est une leçon d’histoire comme on ne la trouve pas dans les livres. Et puis visiter Versailles en hiver a toujours un charme fou. On ne profite pas forcément des jardins, mais la vue par toutes les fenêtres du château est pleine de poésie et de mystère.

 

 

 

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« Lucien Clergue, les premiers albums« 
Au Grand Palais jusqu’au 15 février 2016

« Le roi est mort« 
Au château de Versailles jusqu’au 21 février 2016

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