Patrice Chéreau nous fait faire un Rêve d’Automne

Pourquoi continué-je à aller si souvent au théâtre?
Ne suis-je donc jamais rassasiée, jamais satisfaite, jamais lassée par ces soirées plongées dans le noir et les histoires d’êtres sortis de l’imagination d’un auteur souvent inconnu?

Non. Vraiment non.
Et « Rêve d’Automne » mis en scène par Chéreau m’a donné ce frisson si particulier que j’éprouve devant une scène de théâtre en puissance 10.

Dès le seuil de la salle franchi j’ai su que nous verrions pas une œuvre ordinaire.
La scène du Théâtre de la Ville a été transformée en salles du musée du Louvre, les belles salles tendues de rouge et où sont accrochées les œuvres classiques.
On marche dans ce musée pour entrer dans la salle, certains spectateurs passent même dans les salles fictives pour rejoindre leur siège.
A couper le souffle ce décor.

Et puis la pièce démarre et on se prend la force du texte de Jon Fosse en pleine tronche.
L’Homme, sa vie, sa mort, le désir, l’amour, le temps qui passe, la pulsion de vie, celle de mort, le lien entre les générations, la mémoire. Voilà de quoi il est question.

Sujets universels s’il en est, sujets hautement casse-gueules s’il en est.

Un homme et une femme autrefois amants se retrouvent par hasard (ahhh les mystères du hasard et de nos intuitions humaines) dans un cimetière (le décor de musée est en fait un cimetière… je ne sais toujours pas quoi en penser, si ce n’est que les deux sont des lieux de mémoire).

Que sont-ils devenus depuis leur rupture? Ont-ils pensé l’un à l’autre? Quelles sont leurs aspirations du moment? Où veulent-ils aller? Vont-ils se remettre ensemble?

Et puis soudain le temps s’embrouille, ses parents à lui arrivent pour l’enterrement de la grand-mère, la maman du papa,  silhouette en chemise de nuit et robe de chambre qui erre sur le plateau, donne le go et marque la fin de la pièce. Elle est une présence autant réconfortante qu’effrayante.

Et le temps de la pièce semble s’embrouiller, s’accélérer, avant de ralentir. L’homme et la femme aussi sont là pour l’enterrement de la grand-mère.
Depuis leur rencontre il a quitté sa femme et son fils (encore 2 silhouettes qui errent dans le musée-cimetière) pour la femme. Il ne voit plus ses parents, plus son ex-femme, plus son fils qui paraît sombrer petit à petit.
Ou n’est-ce qu’un songe? On ne sait pas et peu importe, cette intrigue n’est qu’un prétexte pour nous parler de notre humanité, de nos peurs, de nos désirs, de ce qui fait de nous des Hommes.

Tout au long de la pièce, les dialogues et les échanges entre les personnages sont marqué par la violence, la crudité voire la vulgarité, mais le propos est toujours juste, réaliste et trouve toujours résonance en  nous.

Et puis ce texte magistral est servi par des comédiens hallucinants.
En tête Pascal Gréggory et Valeria Bruni-Tedeschi dans le rôle de l’homme et de la femme. Brillants, sobres, justes. Je les ai adoré dans ces rôles si difficiles.

Bernard Verney et Bulle Ogier dans le rôle des parents sont très beaux. Bulle Ogier est particulièrement remarquable dans le rôle de la mère terrifiée à l’idée de la mort de son fils mais abusive, qui terrifie sa nouvelle belle-fille et donne à son fils des envies de fuite.

Marie Bunel, Michelle Marquais et Alexandre Styker, dans les rôles de l’ex-épouse, la grand-mère et le fils sont des « fantômes » merveilleux. Ils hantent complètement la pièce et la scène, soutenant le texte, déstabilisant les autres personnages.

Une mise en scène magistrale.

Nous avons pris un coup de point dans l’estomac, et c’était exactement ce que nous recherchions.

Non, jamais lassée, jamais rassasiée.

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Rêve d’Automne de Jon Fosse
Mise en scène Patrice Chéreau
Au Théâtre de la Ville
Jusqu’au 25 janvier 2011

4 réflexions sur “Patrice Chéreau nous fait faire un Rêve d’Automne

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