Le ballet géo-politique pour Bernard G.

La qualité immense du Théâtre de la Ville est de permettre de retrouver chaque année les nouvelles créations d’artistes contemporains appréciés (typiquement Anne Teresa de Keersmaeker) mais aussi – et peut-être surtout – de permettre la découverte de nouveaux auteurs ou chorégraphes ou la rencontre entre une troupe et un artiste invité.
C’est ce qui s’est passé doublement jeudi soir pour notre dernier spectacle de la saison.

Nous ne connaissions pas la troupe du Ballet de Lorraine et c’est un coup de cœur que nous avons eu pour cette troupe nombreuse, jeune, métissée et très variée, aussi athlétique qu’élégante.
Elle présentait une œuvre éminemment politique signée Faustin Linyekula et intitulée « La création du monde 1923 – 2012 ».
« La création du monde » est en effet un ballet ancien, premier « ballet nègre » de l’histoire, créé en 1923 pour les Ballets Suédois qui souhaitaient à l’époque surpasser les Ballets Russes, troupe iconique de l’époque.
Ils atteignirent leur objectif grâce à la participation d’artistes reconnus et extrêmement talentueux de l’époque: Darius Milhaud pour la musique, Blaise Cendrars pour le livret, Fernand Léger pour les décors et Jean Börlin pour la chorégraphie.

Le décor signé Fernant Léger

Le tour de force réalisé par Faustin Linyekula et Millicent Hodson et Kenneth Archer est d’avoir re-créé le ballet original (présenté au milieu du spectacle contemporain) grâce à une recherche documentaire minutieuse, tout en l’inscrivant dans une interrogation actuelle et africaine.

En sortant du théâtre Mr Papillon rappelait la phrase ô combien malheureuse de notre ancien président de la république sur l’Homme africain qui ne serait pas encore entré dans l’Histoire. Si elle était encore nécessaire, ce spectacle était la preuve de la bêtise absolue de cette phrase.
Et au-delà de l’aspect politique des choses le ballet parle aussi de création, de la relation entre un auteur et ses « aides » (aussi appelées… Nègres), entre un chorégraphe et ses danseurs. Mise en abîme géniale de voir des danseurs donner vie à cette interrogation d’un chorégraphe.

Si une fois encore les costumes de la partie très actuelle du ballet ne nous ont pas plu, nous sommes restés ébahis et subjugués par la re-création des costumes du ballet d’origine.
Ces costumes et les décors étaient absolument prodigieux, véritables œuvres d’art cubistes, nous nous sommes émerveillés comme des enfants pendant les 20 minutes de cette bulle d’histoire au milieu du spectacle.
La musique mériterait d’être éditée et publiée tant elle était belle: jazzy, classique avec un twist, ethnique.
Si vous songez qu’avant le spectacle nous avons été diner à la Robe et le Palais, vous pouvez imaginer sans peine que je qualifierai sans hésitation cette soirée comme la fin parfaite à une très saison TDV.

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