« Turba » de Maguy Marin – Théâtre de la Ville

maguy-marinLe billet indiquait « Danse ».

Tout comme le site du Théâtre de la Ville.

Pourtant le spectacle auquel j’ai assisté mardi soir avec Holly n’avait pas grand chose de dansé.

Spectacle vivant. Théâtre chorégraphié. Happening mis en scène.

Ce que vous voulez, mais pas danse. Première chute d’armoire, les 10 premières minutes  sont passées avec mes yeux ronds comme des soucoupes.

Les 10 suivantes aussi d’ailleurs, et c’est un peu là le problème.

J’adore les surprises. Surtout culturelles. J’aime qu’on me secoue un peu, qu’on m’oblige à ouvrir grand mes yeux et mes oreilles et qu’on m’oblige à faire évoluer ma vision du monde. Rien de mieux pour sentir son esprit vivant.

Mais il y a des limites au secouage, et surtout il y a des limites à ce que j’appelle l’élitisme culturel à la noix. Je déteste me sentir totalement idiote et inculte tout au long d’un spectacle.

« Turba » est une composition créée par Maguy Marin et le compositeur Denis Mariotte. Et Lucrèce via son « De natura rerum », beau souvenir de mes années de latiniste.

L’idée est belle: associer un texte qui parle de créer, d’être, de se réaliser avec du mouvement et une composition musicale.

Sauf que ce n’est pas très compréhensible.

Là, 2 jours après le spectacle, après avoir tenté d’expliquer ce que j’avais perçu à Mr Papillon et la lecture des quelques critiques presse, je commence à voir plus clair (youpi!)

Cette oeuvre est constituée de 4 grands tableaux, pendant lesquels tous les artistes sont sur scène en permanence. La notion de coulisse n’existe pas, tout se produit sous les yeux du spectateur.

Si je devais résumer en quelques mots chaque tableau je dirais que – pour moi – le premier tableau représentait « le verbe et l’idée » ; le deuxième « les particules élémentaires » ; le troisième le concept du « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » ou « the chaos theory » (mais sans Sam Fisher) et le dernier un rappel qu’il faut dès aujourd’hui cueillir les roses de la vie car un jour il faudra bien mourir.

Ca vaut ce que ça vaut, c’est ma lecture de la chose.

J’ai adoré le visuel et l’énergie qui sortaient des deuxième et dernier tableaux. Le deuxième à cause de son ballet coloré (ah tiens finalement si c’est peut-être de la danse…) et de son rythme lent. Le dernier pour Schubert, Las Meniñas et le petit cochon (oui, le petit cochon, vous lisez bien).

Etonnament je me dis qu’il faut d’une certaine manière voir cette oeuvre pour se faire sa propre opinion, il n’y a pas d’autre solution. Les critiques que j’ai lues – notamment celle-ci – donnent une petite idée, aident un peu à comprendre, mais cela reste toujours un peu confus et surtout très abstrait et subjectif.

Voici la preuve que je suis une vraie fille, pas à une contradiction près: je suis sortie du théâtre en me disant qu’il fallait arrêter la masturbation intellectuelle et de ne s’adresser qu’à une pseudo élite, et je vous dis que pour savoir quoi penser de « Turba » il n’y a pas d’autre solution que d’aller voir…

Espérons que le prochain spectacle soit plus limpide!

« Turba »
Théâtre de la Ville
Place du Chatelet (Paris 1er)
Du 3 au 7 Février 2009

30 réflexions sur “« Turba » de Maguy Marin – Théâtre de la Ville

  1. Sinon je peux leur envoyer mes danseurs folkloriques.
    Au moins, on est sûrs qu’il n’y a rien à comprendre.

    • @ Marie: Eh eh, on va les proposer à Maguy Marin, ça rendra peut-être le spectacle plus compréhensible pour le commun des mortels 🙂

    • ESPERONS QUE JAMAIS LE THEATRE DE MAGUY MARIN NE SOIT « PLUS LIMPIDE ». LA LIMPIDITE EST PARTOUT. ELLE, ELLE EST AILLEURS. A CHACUN SA PLACE.
      NON PAS REFUSER SA COMPLEXITE MAIS LA FACILITE QUI L’ENTOURE, QUI FAIT QU’ELLE LA FRACASSE CONSTAMMENT, SANS RIEN CHERCHER A FAIRE D’AUTRE QU’A METTRE EN TRAVAIL UN TRAVAIL…
      SAMUEL BECKETT DISAIT DE CERTAINS DE SES TEXTES QUE LE PUBLIC ADORAIT QU’ILS NE LES AIMAIENT PAS PARCE QU’ILS ETAIENT TROP FACILES… MAGUY MARIN NE DIT RIEN MAIS SA CHOREGRAPHIE A LA FORCE DES OEUVRES QUI NOUS ECHAPPE…

    • ESPERONS QUE JAMAIS LE THEATRE DE MAGUY MARIN NE SOIT « PLUS LIMPIDE ». LA LIMPIDITE EST PARTOUT. ELLE, ELLE EST AILLEURS. A CHACUN SA PLACE.
      NON PAS REFUSER SA COMPLEXITE MAIS LA FACILITE QUI L’ENTOURE, QUI FAIT QU’ELLE LA FRACASSE CONSTAMMENT, SANS RIEN CHERCHER A FAIRE D’AUTRE QU’A METTRE EN TRAVAIL UN TRAVAIL…
      SAMUEL BECKETT DISAIT DE CERTAINS DE SES TEXTES QUE LE PUBLIC ADORAIT QUE LUI NE LES AIMAIT PAS PARCE QU’ILS ETAIENT TROP FACILES… MAGUY MARIN NE DIT RIEN MAIS SA CHOREGRAPHIE A LA FORCE DES OEUVRES QUI NOUS ECHAPPENT…

  2. J’aime bien aussi que l’on me secoue dans les spectacles mais à condition que le metteur en scène désire me faire comprendre . Là, j’ai eu l’impression qu’il n’avait rien à faire du spectateur, de le laisser dans son ignorance, de partager quelque chose avec lui . Je suis restée à la porte ….. Dommage !

    • @ Christine: C’est vraiment désagréable ce sentiment de frustration et d’exclusion. Moi aussi je reste sur ma faim 😦

  3. Je suis tombée par hasard sur votre blog, et malheureusement cette critique de Maguy Marin ressemble à beaucoup d’autres. Pourquoi vouloir à tout prix chercher un sens, comprendre ce qu’il se passe ? Je suis loin d’être une spectatrice naïve et inculte ; étudiante supérieure en théâtre je vais voir plus de 40 spectacles par saison depuis maintenant 3 ans et mon rôle est de les décrypter, de les désosser, d’en tirer une « substantifique moëlle », d’analyser la mise en scène et tout le reste. Mais là je suis restée ébahie. A bas la recherche d’un signifié parmi ces milliers de signifiants. Et si elle ne voulait rien dire ? Et si chacun était libre de son interprétation, libre d’y voir absolument ce qu’il veut, d’en tirer sa propre leçon, ses propres conclusions ? Je trouve cela dommage d’essayer de chercher des explications à gauche et à droite ; faites-vous votre propre opinion, votre propre explication ! Ce spectacle était vraiment sublime, parfait esthétiquement parlant. Le moment de tempête a provoqué un profond sentiment de malaise en moi. Pour la 1ère fois au théâtre, j’ai éprouvé de réelles ‘sensations’ et j’étais une spectatrice pleinement active, complètement plongée dans le spectacle. Malheureusement trop souvent dérangée par un public tout à fait insupportable, dont la moitié est partie au bout de quelques minutes en claquant son strapontin pour bien montrer qu’il n’aimait pas ce qu’il voyait. Décevant et vraiment puéril ; quand on aime pas un spectacle qui dure un peu plus d’une heure et qu’on a plus de 15 ans on devrait être capable de rester assis sur son fauteuil et simplement de profiter du spectacle ou bien de dormir, bref, de ne pas déranger les autres. Surtout que depuis maintenant 4 spectacles il est connu que le genre de Maguy Marin est très particulier ; alors la moindre des choses est de se renseigner au préalable sur ce que l’on va voir, ou de d’abstenir d’y aller. Enfin, au moins cela montre que le théâtre peut encore faire réagir..

    • @ Lena: Bonjour Lena, votre message complète exactement ce que j’ai essayé de dire: il est réservé à un public qui a la chance de voir 40 spectacles par an et qui suit l’enseignement qui permet d’en profiter pleinement.
      Et pourtant je me considère comme une grande chanceuse qui a lopportunité de voir presque une trentaine de spectacles par an et donc d’avoir un petit « background » qui me permet de mieux accueillir des spectacles originaux.
      Là j’ai été punie de ma curiosité, d’avoir pensé avec les amies avec qui j’ai pris mon abonnement au Théâtre de la Ville que découvrir le travail de Maguy Marin serait une bonne idée. C’est dommage de punir des gens intelligents d’avoir été curieux…
      Moi aussi j’ai été choquée par le fait de voir des gens partir bruyamment du spectacle (surtout après en avoir croisé autant qui cherchaient des places devant le théâtre), mais cela prouve en effet qu’il existe encore des artistes qui savent faire réagir, et c’est rassurant.

  4. Personnellement je ne vois pas l’interet de gacher sa soirée a aller voir Turba. Tout me paraissait completement horrible, incompréhensible, ennuyeux, statique, un torchon de prétention. D’ailleurs j’ai bien ri car je m’attendais a voir un ballet, j’ai eu droit a des gens marchant sur scène… Maguy Marin est suposée être chorégraphe, et ce qu’elle a fait, ou ce qu’elle crée est profondément ennuyeux. La majorité des spectateurs de ce samedi 7 Fevrier, sont partis de la salle avec soulagement, car le spectacle a été intérompu, par un spectateur qui n’en pouvant plus a pété les plombs. Pour moi cela tiends du scandale, de l’absurde!

    • @ Alexandra: Je suis bien désolée que ce spectacle vous ait déplu à ce point…on en revient à la frustration qu’un spectacle destiné à des initiés peut provoquer sur les « amateurs » que nous sommes 😦
      Quant au fait qu’il puisse provoquer un pétage de plomb de spectateur, j’y ai pensé pendant la scène du chaos qui m’a profondément angoissée en la voyant…âmes et esprits sensibles s’abstenir. Il ne faut pas sous-estimer la force d’une oeuvre (qu’on l’aime ou pas).

  5. Chere Lena

    vous avez exprimé exactement ce que j’ai ressenti . Ce spectacle vous etait reservé. Tant mieux pour vous tant pis pour moi !

    Quant à chercher absolument un sens, je me suis mal exprimé, cherchez un moment de partage de création était peut être plus adapté, je n’ai rien eu de tout ça, normal c’était reservé aux spécialistes et je suis loin d’en être une…

  6. chère miss Nanhn,

    il se trouve que je me trouvais, hier, a ce spectacle affligeant…
    Il me semble que le debat est mal placé car en effet, j’aime etre secoué par des idées, des thèmes ou des images mais il y a des limites au nombrilisme d’une certaine frange d’intellectuels français.
    J’aime pourtant l’art contemporain pour ce qu’il est : une interrogation perpétuelle. En revanche, je suis allé au théatre de la ville pour y voir un ballet, pas une pseudo representation indigeste. Je plains les spectateurs.
    IL ne faut jamais oublier que pour être respecté, il faut être soi-même respectable et dans ce cas précis, on a pris le public, qui paye sa place, pour un imbécile. Fallait-il supporter cette mise en scène fastitieuse et ces flots de paroles incompréhensibles jusqu’a la fin ?!
    Alors si on prend le risque de provoquer le public et de le pousser dans ses retranchements, on prend aussi le risque de ses reactions conséquentes.
    Merci au courageux qui a permis aux « dindons de la farce » d’aller enfin s’aérer l’esprit !

    • @ Mister Filfog: Bonjour, je suis d’accord avec vous, il ne s’agit pas d’un problème d’art contemporain versus l’art « classique », mais plutôt de la problématique de la manière dont un artiste s’adresse au public. Et dans le cas présent il est vraiment dommage et décevant de se dire que la première impression qui vient aux non-initiés – je reste persuadée que des gens qui comme Lena disposent des moyens de l’apprécier n’ont pas du tout eu ce sentiment – soit un manque de respect de la part de la créatrice. Un artiste qui produit une oeuvre ayant vocation à être montrée au public a – me semble-t-il – un devoir de respect vis-à-vis des gens qui vont la voir. Si un spectacle ne peut-être vu que par un groupe restreint de personnes – après tout, libre à un artiste de vouloir s’adresser à une élite qu’il choisit – alors le spectacle doit être présenté dans le lieu approprié, ou avec les avertissements correspondants. Ceux du Théâtre de la Ville n’était pas tout à fait suffisants 🙂

      Et bien sûr qu’un artiste qui cherche d’une manière ou une autre à provoquer le public ne doit pas s’étonner de le voir réagir fortement. Moi voir autant de gens sortir bruyamment m’a choquée, mais sans doute n’est-ce pas le cas des artistes 🙂

      Je ne regrette pas d’avoir vu ce spectacle, je regrette juste de ne pas avoir eu quelques éléments pour être capable de l’apprécier. C’est le type de spectacle dont j’aimerais pouvoir discuter avec l’équipe artistique…

      @ Tous: J’aime l’idée que l’art provoque le dialogue entre les gens. Je suis ravie d’avoir reçu vos commentaires et de pouvoir ainsi échanger avec vous, même si un blog offre des possibilités trop réduites pour cela.

  7. @ Miss Nahn, je comprend que cette oeuvre a pu plaire a certaines personnes. Ce que je n’accepte pas c’est prétendre que c’est un ballet. Moi même je vais tous les mois au théatre de la ville pour y voir des ballets, et ce a quoi j’ai assistée hier n’étais même pas dansé…

  8. Je ne crois pas que ce soit une question d’initié ou pas.
    Quelques 10 ans de danse au Théatre de la Ville donne une idée de la création contemporaine. ON a aimé, souvent, parfois moins. Mais jamais cette impression de « foutage de gueule ».
    Ce que j’ai vu dans ce spectacle, hier, c’est de l’ennui, de la vacuité. Ce que je n’ai pas vu, c’est de la danse.
    Oui, merci au courageux qui hier soir a « pété les plombs », est monté sur la scène du Théatre de la Ville pour une critique pertinente: on attendait de la danse.

  9. j’étais également au théatre de la ville samedi soir et j’ai été profondément choquée par le spectateur montant sur scène pendant la représentation pour faire des entrechats ridicules et interrompant celle-ci, qui a repris heureusement dix minutes plus tard (bravo aux danseurs!).
    je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas être touché ou intéressé par ce genre de spectacle (que j’ai personnellement trouvé extraordinaire et essentiel, j’en suis sortie avec la sensation d’avoir été nourrie), mais que quelqu’un se permette d’insulter le travail de la chorégraphe et de ses danseurs, et se permette d’empêcher ceux qui apprécient le spectacle de le regarder dans de bonnes conditions me paraît relever d’un profond égoïsme e d’un manque de savoir vivre certain.
    d’autre part critiquer le spectacle parce qu’il n’est pas un ballet me semble une raison bien pauvre de critique. la danse contemporaine est effectivement mouvements et déplacements des corps sans obligation d’entrechats
    une fois de plus, je comprends que l’on puisse être dérouté par ce spectacle, mais cela n’empêche pas le savoir-vivre.
    et je tiens à préciser que j’ai vu moins de quinze spectacles de danse contemporaine dans ma vie, je suis loi d’être une spécialiste.

    • @ Déborah: Bonjour, et merci d’apporter des précisions quant aux événements qui se sont produits au Théâtre de la Ville samedi soir. Oui il est choquant de voir des gens réagir d’une manière si « violente », mais à force de lire des critiques « professionnelles » et des réactions et commentaires de spectateurs j’en arrive à me demander si Maguy Marin ne cherche pas sciemment à obtenir ces réactions fortes, si au final cela ne doit pas faire partie intégrante de ce qu’elle veut exprimer. J’aimerais vraiment avoir son éclairage sur ce spectacle, ce serait riche je pense.

      Quant à votre remarque sur le Théâtre de la Ville, le spectacle est annoncé dans la catégorie ballet et c’est bien cette catégorie qui est reprise sur le billet. Cela vous semble une pauvre raison de critique, mais avouez qu’il y aurait peut-être eu moins d’incompréhension ou de déception de la part des amateurs de danse si cette oeuvre avait été considérée comme du théâtre. Le spectacle n’aurait peut-être pas connu autant de remous lors des représentations 🙂

  10. pour info, voilà la présentation qu’en fait le théatre de la ville (le mot « ballet » n’apparaît jamais, celui de « théatralité », oui, etc…)

    De May B à Umwelt, tout un univers chorégraphique d’une richesse et d’une créativité hors norme s’offre à notre regard. Maguy Marin en est l’âme ouvrière. Turba ne devrait pas manquer de faire son effet. Opéra des corps et des sons, gorgé des mots de Lucrèce, extraits de De la nature des choses, Turba est tout autant un poème visuel d’une incomparable richesse. Conçu et réalisé par Maguy Marin et le musicien Denis Mariotte, avec l’apport vivifiant des danseurs de sa compagnie, cette pièce à la théâtralité maîtrisée nous emporte très loin. Il y est question d’un monde meilleur, d’un vivre ensemble toujours plus aléatoire, de la multitude même des individus. La chorégraphe, aujourd’hui installée à Rillieux-La-Pape, reste une force vive de la création actuelle. Turba, opus rageur pour une époque troublée, est une réussite

  11. @Miss Nahn

    Je comprends la réaction de ceux qui s’attendaient à voir un ballet et qui ont de ce fait été déçus (mais le spectateur monté sur scène reste inexcusable d’après moi).
    Ma surprise vient du fait que la danse contemporaine présenté au théatre de la ville n’est que rarement du ballet, et il me semble que leur présentation n’est pas mensongère. De plus, j’ai effectivement trouvé cette présentation sur le site du théatre de la ville sous l’onglet danse et non pas ballet
    http://www.theatredelaville-paris.com/danse/cadre_danse.htm
    Y aurait-il différentes nominations selon les sources?
    d’autre part je reconnais qu’il ne s’agit pas d’un spectacle pour divertir mais plutôt pour interroger l’humain. Intello, je le reconnais, mais je n’ai pas l’impression qu’il y ait quoi que ce soit de condescendant à présenter un tel spectacle, Marin ne prend pas les spectateurs de haut, je crois plutôt qu’elle les prends pour intelligents et sensibles comme beaucoup d’artistes contemporains qui suivent une exigence de réflexion sur l’Homme (une fois de plus personne n’est obligé d’adhérer à cette recherche et de la trouver intéressante, on peut la trouver prise de tête ou chiante sans être pour autant un idiot). quant au désir de Maguy Marin de provoquer des réactions aussi violentes, je ne crois pas que ce soit son but.
    voilà le texte de présentation que j’ai trouvé sur le site de la compagnie
    ( http://www.compagnie-maguy-marin.fr )

    Turba
    créée le 26 novembre 2007 au Festival de danse de Cannes 2007
    durée 1h10
    Turba désigne une multitude, une grande population, la confusion et le tumulte : diversité des espèces, diversité des individus, diversités des parties qui composent un individu.
    C’est le lieu d’ une fluctuation de figures et de mouvements se modifiant sans cesse, où les formes passagères d’éléments élaborent des rythmes indiscernables, le lieu où peuvent se placer individuellement les sujets de façon interstitielle, fugitive, dans le code social, ou dans le code naturel.
    Une turbulence.
    Pas d’individu qui soit absolument identique à un autre : des ressemblances et des différences, des compositions et des décompositions, des alternances et des attractions, des perturbations qui forment des remous, génèrent une multiplicité de durées, de rythmes qui sont le contraire même d’une cadence cassante et policée.
    Le texte de Lucrèce sur lequel prend appui Turbane cesse de rappeler que la Nature est une somme infinie dont les éléments ne s’additionnent pas pour former un tout, une puissance au nom de laquelle les choses existent une à une, sans possibilité d’unification qui l’exprimerait tout entière, une affirmation du multiple et du divers comme sources de joie.

    • @ Déborah: pardonnez-moi, j’ai écrit ballet au lieu de danse, mais je pensais bien à de la danse au sens très général du terme. En fait la présence du texte est tellement forte (je l’aime beaucoup ce texte, j’ai adoré l’étudier étant lycéenne) que pour moi on bascule dans le théâtre. Mais ce n’est pas le plus important.
      Ce qui m’interpèle et m’interroge le plus c’est qu’un spectacle basé sur un texte parlant si bien de l’Homme provoque de si telles réactions. Donc volonté de provoquer ou manque de quelques clés de lectures ou simplement spectacle très novateur, le mystère reste entier, mais offre des échanges très intéressants!!

  12. Après avoir vu ce spectacle, je propose qu’un questionnaire à choix multiple soit donné aux gens afin qu’ils puissent donner leur avis sur le spectacle qu’ils viennent de voir…
    En dessous de 20% d’avis positif, la chorégraphe ne devrait plus avoir de subventions pendant 3 à 5 ans…
    Il y a plein de gens de talent qui ne peuvent s’exprimer faute d’argent.

    • @ Marc: Je ne suis pas sûre que l’art puisse s’évaluer si simplement :-), par contre je vous rejoins totalement au sujet des gens talentueux qui ne peuvent s’exprimer faute de moyens. Et ça ne touche pas que le domaine de l’art malheureusement.

  13. Moins d’une personne sur cinq qui n’est pas contente d’un spectacle financé par des gens qui se lève à 5 heures du mat’ pour que des gens qui vivent dans leur bulle puisse « s’exprimer »… ça ne peut pas s’évaluer comme ça?
    Vous me rejoignez sur des gens talentueux qui ne peuvent pas s’exprimer, mais les sommes dévouées à l’art sont limitées, alors qu’est-ce qu’on fait?

  14. Je crois qu’il serait judicieux pour les auteurs de rendre leurs oeuvres intelligibles par respect pour les spectateurs, sans pour autant rendre un travail lisse et sans saveur.
    Il ne faut jamais oublier que les différentes subventions versées par les pouvoirs publiques et donc par nos impôts ont aussi pour objet de permettre a un public large de venir assister a ces représentations et non à une élite parisienne.
    Il eut été élémentaire de permettre une lecture du texte pendant la representation pour sa comprehension, ne pas le presenter comme un spectacle de danse et faire un entracte pour permettre aux réfractaires de fuir le plus vite possible !
    Et en dernier lieu, je proposerai de changer le lieu de représentation au profit de la prochaine fiac pour ne pas désorienter le public potentiel…

    • @ Mister Filfog: Comme je suis d’accord avec vous! Un simple sur-titrage aurait amorti le choc de voir un spectacle annoncé comme de la danse commencer par un monologue en Latin! Cela tient à peu de choses: une « classification » plus claire du type de spectacle, un sur-titrage et quelques clés simples pour aider les amateurs éclairés ou curieux à vraiment apprécier le spectacle….

      Les artistes bénéficiant de subventions devraient en effet avoir quelques obligations simples d’accessibilité pour le grand public. Et peut-être rendre quelques comptes quant à l’utilisation de leurs subventions, mais j’avoue être très ignorante en la matière 😦

      Le prochain spectacle que je vais voir sera beaucoup plus classique et donc normalement moins sujet à polémiques puisqu’il s’agit de « César, Fanny, Marius ». A des kilomètres de Maguy Marin donc, mais toujours le régal de voir des artistes prendre des risques sur une scène.

  15. Bonjour,
    J’ai vu le spectacle Turba, pas au Théâtre de la Ville mais à Lyon, en septembre dernier. Je voudrais répondre au-delà du fait qu’il m’ait plu ou pas, en deçà de la question du sens de ce spectacle.
    J’ai appris ce qui s’était passé le 7 février et j’étais très choquée qu’un spectateur puisse interrompre une représentation et monter sur scène, mettant à mal le travail en cours de toute une équipe. Choquée parce que c’est une attitude de plus en plus fréquente dans les salles et que pour moi, je ne l’attribue pas aux artistes contemporains dont les oeuvres seraient de plus en plus éloignés du public -rappelons par exemple que tous les peintres impressionnistes désormais célébrés par tous, y compris le grand public, n’étaient à leur époque que présentés au salon des refusés et riés, hués, conspués par leurs contemporains. Je trouve que cette attitude touche à la manière dont tous aujourd’hui, nous décidons ou pas de participer à un débat public et aux moyens que l’on se donne pour cela. Il me semble que cela touche davantage à un besoin de se mettre en scène de la part de ce spectateur qu’à une réaction intelligente. ça me rappelle les stades de foot et ces gens qui se baladent nus sous les caméras de TV avec une banderole destinée à leurs amis. C’est quand même curieux que sur un plan social, politique ou même dans le domaine de l’industrie culturelle (je pense à l’inertie globale face aux programmes vides et puants très souvent à la TV), il y ait si peu de réactivité des gens, si peu de tribunes publiques aussi c’est vrai, malgré la part croissante des moyens de communication en tous genre et la notion de démocratie participative. Sans doute, on peut se réjouir que le spectacle puisse être cette agora publique. Qu’il provoque des réactions si vives. Un débat en fait, dans une société qui sous couvert de « communiqués » constants, en propose si peu.
    Pour autant, interviennent deux questions. celle du respect du travail d’abord – car la réalité d’un spectacle, ce sont des mois de travail 6 jours sur 7, 12h par jours avec des salaires bien plus bas que la moyenne et une précarité très forte. Je crois que le temps et le lieu de la représentation (théâtrale ou chorégraphique, peu importe au fond) implique une toute petite civilité, celle de prendre en considération que c’est bien le fruit d’un travail, d’une équipe faite de personnes bien vivantes qui sont là, sur scène, à se mettre en danger. Et qui l’acceptent, je pense, bien plus qu’on ne le croit.
    Il me semble aussi, et c’est le deuxième point, que c’est ici le Théâtre de la ville, bien plus que l’artiste qui doit faire son mea culpa, s’il n’a pas anticipé sur le besoin d’organiser une rencontre avec le public et de proposer une traduction du texte sur le programme de salle (plutôt qu’un surtitrage, qui se serait répété sans fin, puisque c’est le même texte répété en différentes langues). Peut-être aussi avez-vous raison de pointer la question des « genres » ou des « étiquettes » indiquées sur chaque spectacle. Au final, je me demande si elles ne devraient pas simplement disparaître, pour permettre à des spectacles de ce type d’échapper à une classification réductrice, à une question des genres en constante évlution et surtout de ne pas susciter de fausses attentes chez le spectateur, averti ou pas. Il arrive qu’on regarde un film en pensant que ce sera une comédie, en ayant envie d’une comédie et que l’on découvre une autre portée, plus tragique, ou philosophique ou autre. Et que l’on en ressorte heureux parfois! J’avoue que je ne suis pas vraiment en demande d’étiquettes, de pistes claires. J’aime aborder toute création artistique comme un poème, aux entrées multiples.
    Enfin, sur la question des subventions, qui seraient votées en fonction du succès. Là, je voudrais répondre plus précisément. Tout simplement parce que je connais la réalité prosaïque et quotidienne de « l’envers du décor », que c’est mon métier de trouver des financements (publics ou privés d’ailleurs) pour permettre à un spectacle d’exister, de trouver des dates parce que effectivement, le spectacle n’existera qu’à travers les retours, les impressions, le regard du grand public, regard – et c’est accepté, ce qui demande une certaine dose d’humilité- qui pourra remettre en cause le fruit de mois de travail sur scène et même encore, d’années parfois de travail pour réunir les moyens humains, logistiques, financiers de le créer. C’est vrai que le système d’attribution des subventions – et donc la mobilisation des impôts de tous- n’est pas parfait. Que parmi les artistes aidés, on se dit que le travail de certains est mauvais, n’en vaut pas la peine. Et croyez-moi, à l’échelle de toutes petites compagnies comme celles pour lesquelles je travaille, ça nous fait effectivement rager. Reste qu’on ne peut pas décider sur une pièce et l’avis des spectateurs contemporains dans un théâtre donné (les réactions du public à Lyon était très différentes dans ce cas précis) du bien fondé du système global et le soumettre tout entier à ce seul avis du public. C’est toute la différence avec n’importe quel produit. D’abord, mais c’est ça c’est peut-être affaire de conviction, une création n’est pas un produit dont la pertinence se juge au seul indice de « consommation ». Ensuite, cet indice là est tout de même pris en compte! Tous les partenaires publics (et les théâtres aussi) se décident aussi en fonction du nombre de représentations, du nombre de spectateurs par représentation, du volume global d’activité, des retours de leurs spectateurs! ça nous est demandé très précisément, preuves à l’appui, pour chaque demande! Ainsi que l’utilisation a posteriori des fonds octroyés pour lesquels nous fournissons tous les justificatifs! Je sais que les derniers communiqués du gouvernement font état d’un besoin de davantage de transparence. mais il ne faut pas trop s’en laisser compter tout de même. Bien sûr que ça existe déjà! Et, encore une fois, combien d’artistes des siècles ou décennies passées n’ont pas rencontré le succès dans l’immédiat ? C’est donc beaucoup plus difficile et avec des critères sensiblement plus différents que pour tout autre produit qu’on peut juger du succès d’une production artistique. C’est à long terme, pas sur un soir. Et si j’en lis certains posts ici, cette création vous a marqué durablement…. J’ajoute aussi le droit à l’erreur, bien réel, combien d’entre vous ont été moins efficaces sur certaines missions, objectifs, etc… au cours d’une période plus longue de travail incluant plusieurs objectifs. Pour la plupart des compagnies en France, il faut savoir que nous n’avons des financements qu’au seul projet, pas au fonctionnement. Je ne peux que fonctionner au coup par coup, au CDD. Donc il n’y a pas ou peu de projection à moyen terme et il y a bien des remises en questions permanentes de la part des pouvoirs publics ou autres permanentes. Et des artistes. Très peu de reconductibilité sauf pour un nombre très limité d’artistes (et ce n’est jamais infini , sous forme de CDI)! Décider de la pure et simple suppression de subventions sur 3 ou 5 ans, c’est tout simplement déclarer la fin d’une compagnie, la fin pour plusieurs personnes qui travaillent à son service (comment embaucher des personnes pour gérér l’administration, la technique, créer les lumières, la musique, embraucher des interprètes). Et la fin pour le public de découvrir un travail qui aura mûri, aura gagné en pertinence, en qualité. Le cumul des billets de spectateurs ne permet pas, économiquement, de payer la quote part des dépenses du fonctionnement du lieu de représentation – le théâtre – et les dépenses liées à la création – salaires du personnel, transports, frais de séjour sur les lieux de répétition. Le spectacle ne peut pas vivre sans aide publique. Reste donc à savoir si l’on estime toujours nécessaire ou pas ici en France, de favoriser la création artistique. Si seule « l’audience », donc l’avis de la majorité des spectateurs est prise en compte, on en arrive donc à une économie du spectacle soumise à l’audimat. Cela peut être un choix. Pour moi, qui ait pourtant à coeur l’avis du public et le prend en pleine considération, je ne peux pas lui donner à lui seul ma confiance quand je regarde ce qui se produit dans la TV, la presse, le cinéma. Ce n’est pas une question d’élite, c’est une question de qualité qui doit, sur ce secteur précis, prévaloir sur la quantité. (et bien sûr, cette très longue seconde partie de mon intervention concerne surtout le conditionnement des subventions).
    Pardon d’avoir été si longue, je m’emporte un peu, mais le débat en vaut la chandelle!

    • @Marie: Bonjour Marie, un grand merci pour ce grand commentaire et ces explications sur le sujet des subventions, me voilà moins ignorante en la matière. J’apprécie beaucoup votre rappel sur le travail fourni par les comédiens, les danseurs et les techniciens…c’est toujours la même chose, on crie sur le messager, on sabote son travail alors qu’il n’y est pour rien. En ce qui concerne les fortes (exagérées) réactions du public par rapport à sa léthargie face au vide de la télévision notamment, je crois que c’est le grand risque que prennent les spectacles vivants: le public est là, pour de vrai. Ca rend les applaudissements plus chaleureux, les rejets plus violents. Les sentiments sont plus forts (et c’est ce qui est merveilleux).

      Personnellement j’ai éliminé de mon existence la télévision, trop creuse, trop vide. Je préfère prendre le risque d’une frustration face à un artiste qui prend le risque de rencontrer le public et que je ne « comprends » pas 😉

  16. Très surprise par turba, j’attendais de la danse de la musique, rien ou si peu.
    J’ai lu les critiques, je sens que certaines personnes on bien compris le sens du spectacle, moi je m’interroge . Si qqu’un pouvais m’expliquer simplement les différents tableaux… quant aux éléments des des premières critiques, le verbe et l’idée, les particules élementaires… cela me dépasse. Je ne fais pas partie de l’élite intellectuelle !… A Annecy les spectateurs sont restés corrects, au final les artistes ont été hués, mais les applaudissements ont pris le relai. Les danseurs faisaient grise mine.

    • Décidément ce spectacle reste complexe. Des mois après je continue à m’interroger à son sujet et me dis qu’il faudrait peut-être le revoir. Ou discuter avec son auteur.
      Une oeuvre vraiment singulière en tout cas.

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