« Lulu » au Théâtre de la Ville

Holly, Mr Papillon et moi avons enfin repris le chemin du Théâtre de la Ville.
Enfin car habituellement notre saison y démarre plutôt en Septembre que début Novembre.
Grand bien nous a pris, notre premier spectacle était un pur chef d’œuvre.

Ne cherchez pas de place, il n’y en a plus à vendre au guichet.
Ne reste que la quête d’une place devant les portes du théâtre.

Cette « Lulu » restera probablement comme l’un des spectacles m’ayant le plus marqué depuis que je fréquente les théâtres.
Violent, fascinant, perturbant, émouvant, cette pièce ne cesse de nous interroger sur notre condition d’humain et sur notre condition de femme.

Mais reprenons depuis le commencement.
Cette « Lulu » écrite par Wedekind, est mise en scène par le brillant Robert Wilson, mise en musique par Lou Reed (excusez du peu) et interprétée par la grandiose Angela Winkler et le Berliner Ensemble.
La combinaison est parfaite, j’ai rarement un spectacle d’une telle perfection. Et si sombre.

Si on veut résumer très vite l’histoire, Lulu est une belle Allemande qui subjugue tous les hommes qu’elle rencontre. L’archétype de la femme fatale qui sème des hommes et des morts sur son chemin, fuit l’Allemagne pour tenter d’échapper à un destin tragique, devient courtisane à Paris avant de devenir prostituée des bas quartiers à Londres, et d’y mourir sous la lame de Jack l’Éventreur. Destin de rêve donc 😦

Mais ce n’est pas que de cela dont nous parle Robert Wilson dans sa mise en scène. Il nous parle de notre condition d’Homme faible et fragile, consumé de désirs qui peuvent grandit autant qu’avilir, de nos tentatives d’ascension et de progrès autant que de nos chutes vertigineuses. Il nous fait nous interroger autant sur la condition des femmes que sur celle de l’humanité, tout simplement.

Et cette réflexion très sombre est jouée et portée de manière incroyable par la composition musicale de Lou Reed qui nous éventre littéralement par des rifles de guitare dans les toutes premières minutes de la pièce (du coup j’ai redouté la fin de la pièce qui nous fait assister une seconde fois à la mort de Lulu… mes tympans et mon ventre ont vraiment souffert dans la première scène) ou nous fait danser sur nos fauteuils dans les années et relations fastes (comprendre moins malheureuses) ; par le jeu impressionnant d’Angela Wilker qui campe une Lulu à travers ses âges telle que son auteur avait dû l’imaginer: un instant douce et câline, la seconde suivante tragique et suicidaire avec des fulgurances haineuses et effrayantes. Et puis par tous les hommes, dessinés au fusain sur le fond blanc, comme issus d’une comedia dell arte allemande et tragique, tous reconnaissables, tous impeccables.

Vient la scénographie, sublime, absolument sublime. Des images comme autant d’histoires, d’états d’âme.
On voit Lulu avancer sur le chemin de sa vie… à moins qu’elle ne se repasse simplement le film de sa vie. On assiste à des scènes habituellement de vaudeville, avec portes qui coulisses, amants qui se cachent dans les placards et pas du mari que l’on entend approcher 5 minutes à l’avance.
J’ai scanné les images issues du joli livret distribué par le théâtre pour que vous compreniez ce que je veux dire de ce choc visuel.

En rentrant chez nous, Mr Papillon et moi discutions du destin de Lulu, du destin des femmes. Sur les Lulus d’hier et d’aujourd’hui. Y a-t-il encore aujourd’hui des Lulus dans notre monde?
Des étoiles filantes qui ont eu beaucoup, ont ébloui, avant de s’auto-détruire en passant dans le ciel.
Mr Papillon a dit quelque chose que j’ai trouvé très juste: souvenons-nous de cette jeune femme blonde et à la poitrine arrogante devenue starlette en un instant pour s’être envoyée en l’air dans une piscine devant la France découvrant la télé réalité. Starlette peroxydée retournée à la médiocrité depuis et dont la vie semble ne pas avoir pris le tour plaisant que la télévision voyeuriste lui faisait miroiter. Oui il y a sans doute quelque chose d’une Lulu moderne dans cette jolie blonde de la piscine. Je lui souhaite juste un destin plus gai et beaucoup moins tragique que celui de l’héroïne de Wedekind.

Un autre personnage m’est venu à l’esprit. Un personnage de cinéma et de littérature cette fois: Scarlett O’Hara. Pour moi elle est la Lulu qui réussit à force de volonté et de force de caractère.
Mais elle aussi subjugue les hommes, les met facilement à ses pieds. Et s’en sert si besoin. Elle aussi est une infidèle, mais si ce n’est que par la pensée.
Deux scènes du film me sont venues à l’esprit devant la pièce: la scène où elle découvre le cadavre de sa mère (on trouve la même non lumière et le même éclairage sur les visages dans « Lulu ») et la scène où elle arrive chez Ashley et Mélanie moulée dans une robe toute pailletée de rouge, maquillée comme seule l’aurait été une prostituée de l’époque. Sauf qu’au lieu de trébucher ou fuir comme le fait Lulu, elle sert les dents et relève la tête avec un orgueil consommé.

En déjeunant hier chez Holly et Thom nous avons rediscuté du spectacle et nous est venu le nom de la Lulu absolue du 20ème siècle: Marilyn Monroe.
Son destin est malheureusement exactement celui de l’héroïne de Wedekind: une enfance malheureuse et douloureuse, une ascension fulgurante grâce à son sex appeal incroyable, mais dont elle ne profitera pas et qui la mènera à sa perte.

Et puis tous ces hommes qui courent après la Femme, après les femmes, souvent guidés par leurs instincts les plus primaires, comment ne pas penser à un célèbre homme politique, autrefois connu pour son expertise d’économiste et aujourd’hui relégué aux pages faits divers et histoires glauques pour cause d’incapacité à conserver son cerveau dans sa tête (vous ai-je déjà parlé de ma théorie de la chute du cerveau chez les hommes?)?

J’arrête là le cours de nos petites réflexions, elles n’engagent que nous, je voulais juste et surtout vous dire combien cette pièce nous a remués, émus et fait réfléchir.

7 réflexions sur “« Lulu » au Théâtre de la Ville

    • Je pense que tu aurais adoré!! Regarde sur le site de la compagnie, ils tournent donc si ça se trouve tu pourrais les voir.

      C’était un très grand spectacle!!!

  1. Je vous suggère de le voir en version opéra, musique d’Alban Berg. C’est une oeuvre musicalement surprenante, voire difficile (en tout cas pour les chanteurs), mais la musique ajoute à la tension et à la tragédie. L’ai vu à Genève l’hiver dernier, Patricia Petitbon dans le rôle-titre, mise en scène d’Olivier Py. Le tout m’a beaucoup touchée.

    Belle journée

    • J’avais hésité pour prendre des places à l’opéra en bookant notre abonnement et puis je m’étais dit que 2 « Lulu » dans le même mois serait trop.
      Là je regrette et l’opéra est terminé 😦

      Une prochaine saison!!

  2. Ton article et très beau et donne particulièrement envie d’aller voir la pièce. Le passage sur la musique de Lou Reed m’a rappelé une pièce que je suis allée voir l’an dernier (dans mon petit theatre de province) : Médée. La scène ou Médée m’avait tordu le ventre et les tympans tout comme toi. On voyait cette Médée monter les escaliers menant à la chambre de ses enfants pour les tuer et son ascension était rythmée par des rifles de guitares qui allaient crescendo. Une scène à la fois horrible et magique ! Et après tout cette Médée a quelque part un petit côté Lulu :).

  3. Bonjour,
    Arrivée sur votre blog via un blog mode dont je ne me souviens plus, je vous lis depuis un bon moment sans jamais commenter.
    Je me le permets aujourd’hui car, le hasard faisant bien les choses, je constate que nous assistons souvent aux même spectacles du Théâtre de la Ville (un abonnement m’est offert par mon papa pour mes anniversaires) et la représentation de Lulu m’a aussi profondément marquée (plus que l’Opéra de quat’sous de la saison passée).
    J’ai beaucoup apprécié votre article intelligent et je voulais vous demander ce que vous avez pensé de l’interprétation de « sunday morning » par la doyenne de la troupe juste avant l’entracte. En dehors de la pièce en elle-même, les apparitions de cette comédienne m’ont beaucoup touchée et son « solo » m’a tiré des larmes…
    En vous remerciant.

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