J’avoue, le nom de ce grand photographe ne me disait pas grand chose (voire rien du tout) lorsque j’ai entendu parler de la rétrospective que préparait le Musée du Jeu de Paume.
Moi qui me prétends fan de mode et de photographie je ne connais pas un homme qui a été directeur de la photo au Harper’s et qui a travaillé des années pour Vogue.
Bon, moi je lis essentiellement Elle, alors forcément ça n’aide pas.
Ok, je n’ai pas d’excuses.
Dieu merci depuis hier je suis moins bête, et ces photos m’ont tellement plu que j’ai acheté le catalogue de l’exposition. En VO, il n’est plus disponible en VF, succès de l’exposition oblige.
Si Paris semble désert au point que toutes les 12 boulangeries de notre quartier sont fermées et qu’on en est presque réduit à prendre le métro pour acheter du pain, le Jeu Paume était loin de l’être. A croire que tout Paris s’est donné le mot pour aller voir l’expo le week-end du 15 Août et qu’il n’y a que cette expo à voir en ce moment!
D’Avedon j’avais vu un dossier dans Le Monde 2, dans lequel étaient repris ses très beaux portraits d’anonymes américains et sa série « In memory of the late Mr & Mrs Comfort » (publiée en 1995 dans le New-Yorker ») dans laquelle il mettait en scène la belle Nadja Auermann avec un squelette.
Grâce à ces quelques exemples j’ai pu mieux comprendre ce qu’on entendait par « force des clichés d’Avedon ».C’est fort et en ce qui concerne Mr & Mrs Comfort on est à 2 doigts de choquer le monde. Mais ce squelette est absolument charmant, ça passe donc très bien.
Cette très belle série n’est pas présentée au Jeu de Paume. C’est dommage, elle aurait été parfaite dans la salle noire.
L’exposition du Jeu de Paume est la première rétrospective organisée depuis le décès d’Avedon en 2004.
Elle reprend des photos allant des années 50 à ses derniers clichés de 2004.
Elle s’articule en 3 grandes parties, qui semblent correspondre à la manière dont son travail a évolué: d’abord photographe de mode, il est devenu portraitiste pour des gens connus et puissants, puis portraitiste-reporter, allant à la rencontre de ces Américains que personne ne montre comme la jeune femme que l’on voit sur l’affiche de l’expo.
Quelle que soit l’époque, tous les portraits sont forts, étonnament vivants dans leur immobilité. Etonnament tristes, perdus, désemparés, pensifs, interrogateurs.
Avedon avait visiblement l’habitude de demander à ses modèles de garder le visage au repos et sans expression, ou du moins une expression neutre.
J’ai l’impression que cette demande est le meilleur moyen de voir apparaître sur un modèle ce qui se passe au fond de son âme.
Si l’on prend simplement le sublime portrait de Marilyn Monroe, on a l’impression de se retrouver devant le concept même du clown: sur scène et en public le sourire éblouissant, la joie de vivre et le rire ; en coulisse…le désarroi, la tristesse.
On ne trouve de vrais sourires que dans les derniers portraits présentés. Bjork est superbe ; Salman Rushdi à l’air malicieux ; Lorraine Hunt Lieberson rayonne.
Si j’ai beaucoup aimé le Avedon portraitiste, j’avoue que j’ai adoré Avedon photographe de mode. Cet homme a révolutionné cette activité et en a fait un art à part entière. Ses mannequins accoudés à des tables à des terrasses de café, c’est du Doisneau. Ses scènes de cabaret pourraient être du Cartier-Bresson ou du Brassaï. Avedon a apporté à la photographie de mode ce que les très grands photographes du XXème siècle ont apporté à la photographie.
Lorsqu’on regarde les photos de mode d’Avedon on comprend mieux le travail de nos grands photographes du genre actuels.
Vogue ne serait peut-être pas cette bible de la fashionista qu’il est aujourd’hui sans le passage d’Avedon. Ou peut-être les fashionistas seraient-elles un peu différentes…
Ses auto-portraits et les portraits qu’il a faits de son père sont intéressants. Ils donnent un aperçu du temps qui passe et de ses effets sur l’Homme, sans fard, sans poudre aux yeux. Bien sûr ces portraits sont mis en scène, bien sûr ils ne sont – comme Avedon le disait lui-même – qu’une image (et rien d’autre) de la réalité. Il n’empêche que j’ai bien aimé leur apport à la lecture des autres photos. Ils sont d’intéressants petites « milestones » dans l’exposition. Un auto-portrait techniquement maîtrisé mais peut-être timide ; un auto-portrait flamboyant ; et un dernier apaisé, mature.
Quelques photos pour avoir un petit aperçu de l’expo et de l’oeuvre de Richard Avedon:
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Musée National du Jeu de Paume:
1 Place de la Concorde (8ème)
Jusqu’au 27 Septembre.
Site de la Richard Avedon Foundation.
Et Wikipédia bien sûr!
Crédit photo: The Richard Avedon Foundation & moi



